Réduire l’impact environnemental du numérique : un enjeu de taille

Réduire l’impact environnemental du numérique : un enjeu de taille

Rencontres avec des acteurs phares: The Shift Project, club Green, Limonetik, Hop, La Poste, l’ACSEL, Iron Mountain

La fabrication d’outils numérique et la surconsommation numérique dans les pays développés génère une augmentation forte de l’empreinte énergétique directe. Il existe actuellement 4,3 milliards d’internautes sur la planète. Selon certaines estimations, la pollution générée par l’industrie du Net et son impact sur le climat sont équivalents à ceux du secteur de l’aviation. 

Contrairement à la pollution d’une voiture que l’on constate via le pot d’échappement et le passage à la pompe à essence, la pollution du Numérique est beaucoup moins perceptible. Les équipements sont de plus en plus petits (donc intuitivement peu énergivores) mais les services et applications auxquels ils nous permettent d’accéder sont souvent hébergés dans le cloud et supportés par des infrastructures lourdes que l’on ne voit pas.

« Aujourd’hui, les visionnages de vidéos de loisir en streaming comme Youtube, Tik Tok ou Netflix représentent  80% de la consommation électrique du Numérique » constate Hugues Ferreboeuf, chef de projet à The Shift Project, un Thinktank qui souhaite aider l’économie à transiter vers un environnement dé-carboné.

Il précise également que la moitié des émissions carbone dues au Numérique vient de la phase de  fabrication des équipements.

L’expert identifie deux solutions pour améliorer la situation : tout d’abord, inciter à la prise de conscience des citoyens et des entreprises via notamment des campagnes d’information pour modifier les comportements de consommation.

« Nous avons pu observer des changements dans les comportements alimentaires à force d’informations alors pourquoi pas réitérer avec le numérique ! ».

Ensuite il s’agit de concevoir un nouvel écosystème numérique avec une autre manière de fonctionner, que ce soit en matière de respect de la souveraineté, de protection de données, de santé publique, ou de préservation de l’environnement. Une sorte de Reset numérique face à un système qui s’est emballé.

Eco-conception versus obsolescence programmée 

Démarche innovante mais non nouvelle, l’éco-conception permet aux entreprises d’intégrer les critères environnementaux dès la phase de conception d’un produit (bien ou service) afin d’en diminuer les impacts négatifs tout au long de son cycle de vie (de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie). La communauté Green ITentame des négociations avec les pouvoir publics pour améliorer le niveau d’information et d’actions des citoyens et entreprises pour lutter contre la pollution numérique. Parmi les 26 actions qui visent l’Etat, Fréderic Bordage, fondateur du club Green, en cite trois : « nous proposons la création d’un label numérique responsable qui serait décerné aux organisations par un tiers indépendant. Nous souhaitons également fournir une plateforme d’information validée par les scientifiques et destinée au grand public. En outre, nous demandons la création d’un kit pédagogique pour les enseignants ». 

Laetitia Vasseur, cofondatrice et déléguée générale de l’association Hop (halte à l’obsolescence programmée), conseille une sobriété volontaire, une démarche de consommation consciente, en évitant d’acheter du neuf à outrance.

« Il faut aussi se poser la question de la pertinence de certains achats. Bouilloire, lave linge, poubelle vont bientôt pouvoir être connectés. Mais en a t-on vraiment besoin ? »

L’association Hop se bat contre l’obsolescence programmée comme la pratique certaines marques. Cette démarche par laquelle un fabriquant va volontairement limiter la durée de vie de son produit favorise le marché du renouvellement.

« Les Iphones requièrent des mises à jour régulières qui engendrent des dysfonctionnements comme des ralentissements. Et comme par hasard, cela arrive au moment où un nouveau modèle arrive sur le marché ».

Hop a porté plainte il y a un an et demi contre Apple. L’enquête est toujours en cours. Laetitia Vasseur n’est pas anti-numérique. « Grâce à Internet, on peut informer sur les bonnes pratiques, trouver le réparateur le plus proche de chez soi, construire des communautés en ligne». 

Audit, traçabilité et objectifs ambitieux

La société Iron Mountain s’est fixée un objectif très ambitieux : passer à 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 pour toutes ses activités. Autre point : « notre croissance fonctionne par acquisition. Nous choisissons toujours des entreprises qui sont ‘green’ de base. Pour nous, ce n’est pas simplement important, c’est vital ! ». Iron Mountain, dont les services regroupent tant la conservation et la gestion des documents, la restauration des données ou en core la numérisation, souhaitait également impliquer ses clients dans un processus green. Pour ce faire, l’entreprise a créé un « green power pass ».

“S’ils font appel à nos services pour héberger leurs données, ils recevront leur pass qui prouvent qu’ils ont fait appel à un prestataire qui utilise des énergies renouvelables pour alimenter ses datacenters” explique Edward Hladky, Président d’Iron Mountain. “Tous nos datacenters sont d’ailleurs backupés sur des bandes magnétiques de supports numériques.”

Muriel Barneoud est directrice de l’engagement sociétal du groupe La Poste et membre du Conseil d’Administration de l’ACSEL, l’association de l’économie numérique. Elle croit beaucoup en la ‘tech for good’ ; elle représente l’économie collaborative qui s’organise autour de l’utilisation des outils numériques. Le tout, au service d’une optimisation des ressources. La Directrice de l’engagement sociétal rappelle que le Nudge incite les comportements vertueux. Il existe un décalage entre les convictions environnementales et la réalité des comportements. Le Nudge vert peut aider à réduire cet écart et permet d’aborder l’action publique à partir du comportement réel des citoyens. Il peut être un outil supplémentaire afin d’accélérer la transition écologique.

En 2015, le groupe La Poste a réalisé un audit de ses 700 000 équipements informatiques!

« Nous avons ainsi identifié la part des émissions carbone de nos outils. Dorénavant, nous ciblons nos achats en fonction de toute une série d’indicateurs et de critères non énergivores » explique Muriel Barneoud. La traçabilité est, elle aussi, très importante à prendre en compte; depuis l’origine jusqu’au retraitement ou recyclage. « Nous participons par exemple à l’allongement de la durée de vie de nos matériels informatiques. Autrement dit, nous les faisons circuler au sein du groupe lorsqu’un service n’en a plus besoin ». 

Un éveil des consciences 

Olivier Berthelier, CTO de Limonetik appelle à l’éveil des consciences« Certaines entreprises du numérique ne savent pas ou feignent ne pas savoir qu’elles polluent. Elles se disent qu’elles ne produisent rien et ne sont pas des industriels ». Olivier Berthelier pense qu’en tant qu’acteur de la Tech, il est primordial de se poser les bonnes questions. L’objectif n’est pas de s’acheter une conduite et faire du green washing. La prise de conscience des conséquences des actions de l’Homme sur la planète nous force plus que jamais à réfléchir sur nous-mêmes et nos activités.

Olivier Berthelier incite donc les entreprises de l’IT à « effectuer des bilans carbone, favoriser les data-centres qui tournent à l’électricité dé-carbonée, privilégier les fournisseurs éco-responsables et investir dans des politiques RSE ambitieuses et sincères ».

Un autre Internet est possible. IT et respect de l’environnement pourront être compatibles grâce à l’éco-conception des services numériques et à la sincérité des actions misent en place par les acteurs. Cela fait 10 ans que les +100 contributeurs du Collectif conception numérique responsable le font et proposent les outils de référence dans le domaine.

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