Pour quelles raisons les banques s’intéressent-elles autant aux e-wallets ?

Pour quelles raisons les banques s’intéressent-elles autant aux e-wallets ?

[quote style= »boxed »]Interview de Jérôme Connac, Directeur Business Développement & co-fondateur de Limonetik[/quote]

Julien Guerrand, community manager meetthepayment.com : Bonjour Jérôme ! La semaine dernière, BNP-Paribas / La Banque Postale / Société Générale ont annoncé le lancement de PayLib, solution commune de portefeuille électronique. Peux-tu nous expliquer les raisons de cet intérêt ?


Jerôme Connac_resize - Directeur Commercial Limonetik
Jérôme Connac : Avant tout, cet intérêt n’est pas nouveau. Les banques ont toujours regardé avec une grande attention le fonctionnement et la croissance de PayPal, entre autre pour le taux que PayPal parvient à facturer aux marchands…

JG : Tu parles ici des frais appliqués à chaque transaction sur un site marchand qui couvrent le transit du règlement de l’acheteur vers le e-marchand, c’est bien ça ?
JC : Tout à fait. Il faut savoir que, là où les banques françaises parviennent à prélever 0,5% – voire moins – de la transaction, PayPal est entre 1 et 3,5%. Les banques sentent qu’une part du gâteau leur échappe, et ce dans un contexte où le taux d’interchange est en baisse. Ce taux correspond aux frais appliqués au marchand pour toute transaction par carte bleue. Cela signifie que les banques françaises sont aujourd’hui prises en étau entre les e-wallets qui facturent confortablement sans passer par eux, et le taux d’interchange qu’ils doivent baisser selon les normes européennes !

JG : Je comprends pourquoi elles se lancent dans ces nouveaux territoires, elles sont dans l’obligation de trouver de nouvelles sources de revenus. E-wallet, quelle définition pourrais-tu proposer ?
JC : C’est un portefeuille électronique avec identifiant et mot de passe qui comprend l’ensemble des moyens de paiement, que ce soit carte de crédit, carte de fidélité ou coupons de réduction.

JG : Voilà qui éclaircit la discussion. L’enjeu est donc pour les banques de réintégrer dans leurs circuits des flux qui leur échappent jusqu’à présent ?
JC : Ils veulent absolument “réintermédier” la relation entre le marchand et l’acheteur. Aujourd’hui, le site marchand est maître de cette relation jusqu’au dernier moment, la banque de l’acheteur est invisible sur la page de paiement. Imaginons maintenant que les banques arrivent à réintégrer ce processus et soient présentes au moment de la conclusion : elles seront en mesure de pousser des offres à leurs bénéficiaires et, du coup, orienter leurs achats afin de bénéficier ensuite de nouveaux revenus d’apport d’affaires.

JG : On quitte le monde de la banque pour celui du marketing dans ce cas ?
JC : Évidemment ! Les géants du marketing proposent depuis longtemps leurs propres solutions de paiement. Le paiement n’est plus le domaine réservé des banques, c’est un marché ouvert. Pour quelle raison principale Google lance-t-il son wallet à 0% sur la transaction ? Pour récupérer les data ! Depuis toujours, Google fonctionne sur la fine connaissance des internautes pour proposer de l’espace de publicité toujours plus ciblé à ses clients annonceurs. Pour les banques, les wallets sont la passerelle d’un monde monétique vers un monde marketing, d’un monde aux marges inférieures à 1% vers un monde aux marges plus intéressantes.

JG : Tout semble plus clair… Merci Jérôme pour cet éclairage, et à bientôt !
JC : Avec plaisir.

NB : N’hésitez pas à réagir à cette interview, Jérôme répondra à vos commentaires.