Italie : la culture du “cash”

Italie : la culture du “cash”

[quote]Par Ludovic Esteves, responsable commercial moyens de paiement chez Limonetik[/quote]

L’Italie représente le pays de la mode, de la « bonne bouffe » et des belles plages ensoleillées. Mais, saviez-vous que c’est également le pays … du cash ?

Les Italiens sont très attachés à l’argent « liquide ». En moyenne, ils se promènent avec 65 euros dans leurs poches ; ils arrivent juste devant les Britanniques (52 euros) et les Espagnols (49 euros).

Cela pose plusieurs problèmes à l’économie nationale italienne. Le premier, c’est le coût de la gestion de tout cet argent liquide qui ne représente pas moins de 10 milliards d’euros par an, repartit entre le système bancaire et les entreprises. Le risque des hold-up est évidemment plus grand. Il faut ajouter à cela la difficulté des services des impôts à contrôler l’argent liquide qui peut parfois s’apparenter au travail au noir.

Depuis 2013, pour parer à ces difficultés, le gouvernement italien à imposer un seuil maximum de 1000 euros pour les paiements en liquide.

Si le cash est une véritable culture en Italie, on ne peut pas en dire autant pour les cartes bancaires.

Selon la banque centrale européenne, en 2010, chaque italien réalisait 66 paiements par carte bancaire alors que la moyenne européenne est de 176 paiements. Le « European Payments Council » révèle qu’en 2008, seuls 60% des Italiens possédaient une carte de crédit.

Pourquoi l’Italie est si en retard concernant la carte de crédit ?

Le faible nombre de cartes de crédit en circulation n’est pas lié au nombre de lecteurs carte bleue dans les commerces italiens (qui se situe dans la moyenne européenne). Même si il n’y a aucune sanction prévue, une loi a été mise en place le 30 juin 2014 pour obliger les commerçants à avoir un lecteur de carte. Le réflexe de payer en cash est simplement une vieille habitude en Italie.

Ils utilisent généralement des cartes de crédit ou des chèques pour des grosses dépenses. L’Osservatorio delle Carte di Credito Assofin (L’observatoire de la carte de crédit en Italie) nous apprend que les transactions par cartes sont rarement réalisées pour des sommes inférieures à 20 ou 30 euros. Pour les achats qui coûtent entre 20 et 100 euros, un Italien va payer trois fois sur quatre en liquide. En Europe, c’est plutôt de l’ordre d’un sur deux(*).

En Italie, si vous souhaitez régler votre café par carte de crédit, le serveur risque de vous regarder avec de gros yeux. Le Directeur de la société de conseils bancaires Super Money Paolo Sansone explique sur le site de son entreprise que les Italiens ont le sentiment de ne pas maitriser leurs dépenses lorsque l’argent est dématérialisée. Ils ont également peur de se faire pirater leur compte en banque… notamment pour les paiements sur Internet.

Pour se protéger contre cette peur, de nombreux Italiens achètent des cartes prépayées, la plus connue étant la carte Postpay, proposée par la Poste italienne (Poste Italiane). Grâce à ces cartes, plus aucun risque de se faire pirater son compte bancaire. Le principe est simple : il suffit de charger la carte prépayée avec la somme que vous souhaitez et régler vos achats sur Internet en toute sécurité. Poste Italiane n’est pas le seul établissement financier à proposer ce genre de carte, de plus en plus de banques ont suivi le mouvement. En 2007, 5,8 milliards de cartes prépayées circulaient en Italie. Les plus friands de ce moyen de paiement sont les jeunes. En effet, 64% des cartes prépayées atterrissaient dans les portefeuilles des Italiens de moins de 24 ans.

Les Italiens ont donc une relation particulière avec leur carte de crédit. Ils ont peur de l’utiliser sur Internet, n’ont pas l’habitude de faire leur shopping avec et ont généralement beaucoup de cash dans leurs poches!

 

*ASSOFIN