En Europe, le bitcoin déchaine les passions

En Europe, le bitcoin déchaine les passions

[quote]Christophe Bourbier, Président de Limonetik[/quote]

En 2009 naissait le bitcoin. Inventée par une communauté d’informaticiens cachée sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, cette monnaie virtuelle n’obéit à aucune instance de contrôle. Ici, pas de pièces ni de billets, elle existe sous forme de codes informatiques cryptés échangés entre deux ordinateurs. Adulé par les uns, haï par les autres, le bitcoin fait parler.

Aujourd’hui, un bitcoin vaut environ 400 euros. Alors oui, ce n’est pas à la portée de tous et pour les petits achats quotidiens, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique. Pourtant, de plus en plus de secteurs permettent aux consommateurs de payer leurs produits en bitcoin : matériel informatique, imprimantes, modélisme, métaux précieux, vins & spiritueux, cosmétique & parapharmacie, bars, restaurants, cigarettes électroniques et j’en passe. Pour développer le bitcoin, des infrastructures permettant son utilisation se mettent en place.

A Budapest (Hongrie), au mois d’août dernier, a été installée la toute première machine à bitcoins. Celle-ci crédite votre compte bitcoins contre de la monnaie nationale, en l’occurrence le forint hongrois. Et, première mondiale, une entreprise espagnole a établit son capital social en bitcoins ! Ce choix, à priori étrange, s’adapte parfaitement à l’activité de cette toute jeune entreprise madrilène, baptisée Coinffeine, qui a pour objectif de s’imposer comme plateforme d’échange… de bitcoins ! En France, la Commission des finances du Sénat est optimiste et estime que cette monnaie virtuelle est sécurisée, que son usage est vaste et que le coût des transactions est faible. Mais cet avis positif est loin de faire l’unanimité en Europe.

L’autorité bancaire européenne (ABE) déconseille l’usage du bitcoin

L’ABE a identifié pas moins de 70 risques encourus par les utilisateurs de cet argent virtuel, notamment en matière de blanchiment ou d’autres crimes financiers. Dans un rapport publié au mois de juillet, l’ABE incite les banques du vieux continent à ne pas proposer à leurs clients des comptes libellés en bitcoins. Elle conseille également aux organismes de supervision nationale de décourager les institutions financières d’acheter, de détenir ou de vendre des monnaies virtuelles tant qu’une réglementation n’est pas instaurée.

Pour l’autorité bancaire européenne, il faudrait créer des structures de gouvernance chargées de superviser et de s’assurer de l’intégrité des bitcoins. Plusieurs banques centrales sont également méfiantes. Selon elles, le bitcoin court-circuite le système bancaire traditionnel et permet de réaliser des paiements de manière anonyme.

Les risques sont bien réels si l’on en croit le premier démantèlement en Europe d’un trafic de bitcoins. Au mois de juillet, les gendarmes du sud de la France ont en effet démantelé un trafic dans une plate-forme d’échange illicite sur Internet. Le site Web utilisé pour les échanges ne bénéficiait d’aucun agrément de l’Autorité de contrôle prudentiel.

Les épargnants sont donc prévenus : l’opacité, la volatilité et le fort risque juridique en font une monnaie à risque.